Ce dimanche 13 septembre 2026, il est temps de rejoindre l'île de Madère. Nous aimerions y faire des repérages de marina, préparer le bateau et la venue d'amis qui arriveront dimanche prochain, dans une semaine. Il y a du vent, juste de quoi nous emmener à l'ouest de l'île, à la marina de Calheta ( on prononce Calieta). Une navigation de 40 miles nautiques. Nous ne nous pressons pas pour oter les amarres, on se prépare à l'aise et nous disons "aurevoir" à l'équipage sympathique du voilier "Saba", notre voisin de ponton. Fanny, Olivier et le petit Malo de 5 ans. Ils sont venus de Brest jusqu'à Porto Santo, 11 jours de navigation (!). Nous nous retrouverons peut-être dans les semaines à venir soit à Madère, soit dans une île des Canaries.
| On y reviendrait bien volontiers, à Porto Santo! |
Il est 10h45 quand on quitte le port. Rapidement , nous avons pu monter la grande voile et le génois car le vent souffle à 12 noeuds, parfait! Et l'océan est calme, le rêve! J'en suis ravie! On navigue à une allure de 6 noeuds, nous estimons 8 heures de navigation, quand même! Pierre regarde la carte de l'archipel de Madère et me demande si une escale me convient. Ok, pourquoi pas? Donc, cap sur "ilha desertas". Les endroits improbables, on aime bien.
| Content du changement de programme. |
Au fur et à mesure que l'après-midi se passe, le vent monte, au point de bien diminuer la voilure car on craint que ces îles qui ne sont que des falaises n'engendrent un vent catabatique. Ce fût le cas! Notre arrivée au mouillage fût secouante, mémorable!
Coin des voileux:
A 11h, GV et génois tout ouvert, avec un vent soufflant à 12 noeuds. Amure tribord, allure grand largue. Cap à 185°. Mer calme.
Deux heures plus tard, on décide de partir plutôt vers les Ilha desertas ( elles sont 3), cap à 242°. Empannage et babord amure, grand largue. On se rapproche de ces trois gros cailloux sortis de l'eau, à une bonne allure de 7 noeuds de moyenne. Quand le vent atteint 17,2 noeuds, on prend directement deux ris, car on sent que les conditions s'intensifient. On rentre le génois pour sortir la trinquette. Nous avons encore navigué deux heures et puis les dernières 45 minutes, la situation s'est compliquée!
A cause d'un vent catabatique généré par l'île. Les rafales étaient à 42 noeuds ( presque 80 km/h). Nous n'avons rien anticipé. Nous aurions dû replier le bimini, le vent s'engouffre dans le cockpit et on voit notre bimini qui résiste, les montants qui tremblottent. Nous aurions dû prendre 3 ris dans la GV. Le cockpit éponge les vagues qui s'écrasent. Pierre tient la barre, est aspergé, cherche sur le traceur l'entrée du mouillage. Je regarde la falaise terrée dans un coin et je me dis: "je comprends le nom de ces îles-cailloux, y a personne qui vient jusqu'ici!" . Je me demande dans quelle galère on est!! Nous étions tellement secoués! On affale les voiles et on termine l'approche au moteur haut dans les tours pour passer les vagues.
| On a diminué la voilure ( en prenant 2 ris) |
| Ce n'est qu'un gros caillou, ces îles! |
Explication du vent catabatique: en fin de journée et la nuit, l'air au sommet des reliefs se refroidit très vite et devient plus dense, plus lourd que l'air marin au niveau de l'eau, est attiré brutalement vers le bas par la gravité. Il suit les ravins, les vallées et les pentes pour s'engouffrer vers la mer.
Et tout d'un coup, au pied de la falaise, pas de vent, eau turquoise toute calme. On voit deux bouées, on s'amarre à l'une des deux. L'environnement était spectaculaire! Un endroit improbable, presqu'austère.
| Nous sommes collés à la paroi, bien fixés à poste sur la bouée. |
| On distingue le camp des gardes de la réserve naturelle. |
" On a bien fait de venir jusqu'ici!" me dit Crooks déjà détendu car émerveillé. Moi, encore toute secouée, stressée, j'hésite entre la beauté et la puissance de l'endroit.
Après une bonne nuit, les émotions fatiguent, nous prenons notre petit-déjeuner en savourant la chance d'être là! C'est incroyable! Ensuite, on gonfle la stand-up paddle qui nous servira de planche pour atteindre l'île. En effet, les visiteurs peuvent débarquer dans le petit périmètre qui fait le tour du camp de base des gardes et des chercheurs. C'est accueillant et très instructif grâce aux supports explicatifs.
| Voici le plan des îles. Elles sont trois. Notre mouillage se situe au sud de l'île centrale. |
Ces trois îles permettent aux oiseaux migrateurs de s'y abriter, de nicher même pour certains. Un autre but du site est de préserver les espèces en voie de disparition au niveau ornithologique et au niveau biologie marine. Les chercheurs observent une petite colonie de phoques moine qui se baladent entre les îles. Malheureusement, grande déception, ils ne sont pas dans le coin ces jours-ci, nous ont dit les gardes.
Nous restons deux nuits accrochés à la bouée. Cet endroit reste venteux, il souffle par rafales toute la nuit. Dès la tombée de la nuit, nous entendons des “cris” très particuliers venant de la falaise, mais on ne voit rien. Ça résonne. Ce sont les oiseaux de mer nocturnes passant la journée en haute mer, qui attendent la nuit noire pour revenir à terre et rejoindre leurs nids creusés, cachés dans la roche. Le plus courant serait le “puffin cendré” et les “Pétrel de Bulwer” ou “Pétrel de Bugio”. Tout cela me passionne!
Au 2ème jour, après le petit déj, on y va! Il résiste au vent!
Notre prochaine destination sera sur l’île de Madère, à l’ouest. Il y a là une marina pour nous accueillir. Nous aurions voulu faire une halte au petit port de plaisance de Funchal . On se disait qu’être proche du centre ville, ce serait sympa de profiter de l’ambiance animée de la capitale. Mais, par mail, la réponse de la marina est négative, pas de place avant plusieurs semaines…..
La navigation durant 7h30 est très calme car le vent est discret, les vaguelettes ne sont pas gênantes, le rêve! Ce qui me permet d’admirer la côte, mes jumelles vissées sur les yeux. Que de montagnes, rien n’est plat!! Je suis épatée par les jolis ponts construits! Et étonnée de la quantité de cultures de bananes. Au moindre m2 entre deux maisons, il y a des bananiers!
“Calheta” ( prononcer Calieta) en bord de mer comprend une marina moderne, mais plutôt “artificielle” de part la quantité de restaurants en front de marina et de magasins de souvenirs.
| Funchal, très construit. |
| La marina de Calheta vue depuis l'entrée. |
Un jardin garni de plantes exotiques bien locales surplombe l’endroit. Deux petites plages reliées, de grands espaces de digue pour se promener le long de la mer, bars et restaurants, c’est très balnéaire. Très joli!
Mais l’authenticité de “ Calheta” est 300m plus haut. Faut un peu grimper!
| Câmara Municipal do Calheta et l'office du tourisme. Fidèle à leur réputation, des fleurs partout. |
Tout le long de l'île de Madère est très connue des passionnés de pêche sportive en haute mer (“Big game fishing”). C’est un spot.Pourquoi là? Car les fonds marins volcaniques descendent rapidement à plus de 1000m de profondeur, à peine, à quelques centaines de mètres de la côte. La marina est essentiellement occupée par des yachts équipés pour ce genre d’activité . A cette époque de l’année, ils pêchent le marlin bleu (“Le blue Marlin”), le marlin blanc ou espadon, le Wahoo. Les thonidés, c’est plutôt au printemps.
Après trois jours, nous continuons notre repérage de marina pour organiser la venue de nos amis dans quelques jours. Madère ne propose que trois marinas. Funchal mais pas de places. Calheta à l’ouest et Quinta do Lorde (près de Caniçal) à l’Est. Il y a bien des mouillages où jeter son ancre mais c’est loin d’être une crique ou une baie qui protège bien. Ce sont des endroits proches d’une plage souvent “rouleurs”, c’est-à-dire que le bateau tangue avec le roulis. Ce qui peut fortement gêner les personnes sensibles. Le mouillage reste notre dernière option.
Vendredi 18 septembre, nous quittons Calheta car l’objectif est d’atteindre une marina sur la côte est: “Quinta do Lorde”. Le vent vient quasi toujours du nord-est ( les Alizés) à cette période-ci de l’année. Les montagnes de Madère protègent le sud de ce vent, c'est pourquoi nous naviguons au moteur les trois premières heures. L’autre moitié du trajet, en remontant la côte Est, nous sommes exposés au vent ( 22 noeuds) mais dans le pif, de face! Il faut donc naviguer “au près” ( près du vent). Le bateau est en gîte et nous tirons quatre bords. Cette allure est inconfortable car en plus du vent de face, il faut contrer les vagues déjà bien formées. Le bateau monte et descend la vague, pénible! Cela durant 3h30. Je suis soulagée d’être à bon port!
Quinta do Lorde, j’aime beaucoup cet endroit! Nous étions venus durant quelques heures, au mois de novembre 2025, avec notre ami Jean-Luc, lors d’une traversée. Nous sommes amarrés au pied d’une falaise avec une cheminée volcanique, waow!! Vous devinez qu’il y a du vent catabatique, ici!
Nous rangeons, nous nettoyons l’intérieur, l’extérieur du bateau. Crok’n Roll est tout salé après les dernières navigations houleuses! On en profite pour lessiver aussi.
Plus que 48h avant l’arrivée de nos invités. Nous sommes ravis!Coup de chance, toutes ces tâches sont faites dans la gaieté car c’est la grande fête annuelle patronale de la ville d’à côté: “Caniçal”. La festa de Nossa Senhora da Piedade. Avec une procession de bateaux sur la mer spectaculaire. Des petits, des grands bateaux comme les thoniers qui transportent une quantité de gens le long de la côte, jusqu’à la marina. Les bateaux sont décorés de guirlandes de fleurs et ça chante, ça joue de la musique de plus en plus fort 🙂.
Le soir, Caniçal nous attire. On ressent une fierté de ce folklore, l’ambiance est à la joie intense! Après une dégustation des spécialités locales (festives) bien nourrissantes, nous prenons du plaisir à admirer les bateaux décorés au port. Anciennement, Caniçal était un des plus grands ports de Madère et jusqu’en 1981, les marins pêcheurs chassaient la baleine! Probablement que les sorties en mer étaient risquées, dangereuses. Les familles doivent avoir beaucoup d'histoires à raconter!
| Les boeufs pendent là et ils découpent des morceaux. |
| Pour en faire des brochettes sur des branches de laurier. Une fois la brochette achetée, le client la cuit sur un BBQ commun. |
Aujourd’hui, c’est dimanche et la fête continue à Caniçal encore toute la journée. Je pense que l’île de Madère nous réserve des moments bien chouettes! En tout cas, avec ce folklore local, l’île sait faire la fête, elle nous emballe!
Je vous raconterai tout ça, bien sûr!
Cathy

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